Financement & M&A

Après Tink et Visa, les fondateurs relancent avec une startup IA

Findfi · 23 septembre 2026 · 5 min de lecture

Daniel Kjellén et Fredrik Hedberg ont vendu Tink à Visa pour 2,2 milliards de dollars en 2022. Deux ans plus tard, ils sortent du silence avec un nouveau projet dans l'IA. Retour aux sources, mais avec une ambition différente.

Sommaire

De Tink à la case départ, avec 2,2 milliards de raisons d'être à l'aise

En 2022, Visa rachetait Tink, la plateforme suédoise d'open banking, pour 2,2 milliards de dollars. Un des plus grands exits de la fintech européenne. Derrière cette opération, deux fondateurs suédois, Daniel Kjellén et Fredrik Hedberg, qui avaient bâti Tink depuis Stockholm en 2012 jusqu'à en faire l'infrastructure bancaire ouverte de référence en Europe.

Quand on vend une boîte à ce prix-là, on peut prendre sa retraite. Ou recommencer. Kjellén et Hedberg ont choisi la deuxième option, et ils sortent aujourd'hui de plusieurs mois de développement discret pour révéler leur nouveau projet, cette fois dans l'intelligence artificielle appliquée aux entreprises.

Tink, un modèle qui a redéfini l'open banking européen

Pour comprendre ce que représente ce retour, il faut d'abord mesurer ce qu'était Tink. Fondée à Stockholm, la startup avait construit une plateforme d'agrégation bancaire permettant à des milliers d'entreprises, banques, fintechs, assureurs, de se connecter aux comptes bancaires de leurs clients via une interface unique. L'idée, simple en apparence, était techniquement complexe à exécuter à l'échelle européenne, où les systèmes bancaires restent très fragmentés d'un pays à l'autre.

Au moment de l'acquisition par Visa, Tink opérait dans plus de 18 marchés et avait noué des partenariats avec des centaines d'institutions financières. Visa, qui cherchait à consolider son positionnement dans les paiements de compte à compte, y a vu une infrastructure stratégique plutôt qu'un simple produit. Le prix payé, 2,2 milliards de dollars, le reflète clairement.

Une nouvelle startup IA, mais avec quel angle ?

Les détails du nouveau projet restent partiellement confidentiels, mais les fondateurs confirment travailler sur une startup dans l'intelligence artificielle. Ce qui est connu, c'est que l'orientation est résolument tournée vers les usages professionnels et les entreprises, un terrain que Kjellén et Hedberg connaissent bien après une décennie à vendre des solutions d'infrastructure à des acteurs institutionnels.

Le choix de l'IA n'est pas une surprise, il suit une logique de marché évidente. Depuis 2023, l'IA générative a ouvert des possibilités nouvelles dans le traitement des données financières, l'automatisation des flux documentaires, l'analyse de risque ou encore l'interaction client. Ce sont exactement les zones de friction que des fondateurs issus de la fintech connaissent de l'intérieur.

La question qui compte n'est pas tant 'pourquoi l'IA' que 'quel problème précis ces deux-là ont décidé de résoudre'. Sur ce point, les informations disponibles restent limitées pour l'instant.

Le profil fondateur comme argument commercial et investissement

Dans l'écosystème startup, le parcours des fondateurs joue un rôle croissant dans la capacité à lever des fonds rapidement et à des valorisations élevées. Kjellén et Hedberg arrivent avec un historique rare, une entreprise construite sur dix ans, une sortie à 2,2 milliards de dollars, une connaissance profonde du marché financier européen et un réseau constitué de décideurs dans les grandes banques et institutions de paiement du continent.

Ce type de profil attire les fonds de capital-risque dès les premières semaines. Les fondateurs dits 'serial' avec un exit significatif obtiennent en général des conditions de financement nettement plus favorables que les primo-entrepreneurs, quelle que soit la qualité intrinsèque du projet. C'est une réalité du marché du capital-risque, particulièrement marquée en Europe du Nord où l'écosystème est plus petit et les réputations circulent vite.

On peut donc supposer que la phase de levée de fonds initiale, si elle n'est pas déjà bouclée, ne devrait pas poser de difficulté majeure.

La fintech comme terrain de chasse naturel pour l'IA d'entreprise

Il y a une cohérence dans la trajectoire de ces deux fondateurs. Tink était, dans le fond, une entreprise d'infrastructure de données. Elle permettait de collecter, normaliser et redistribuer des informations bancaires à des tiers. L'IA d'entreprise, dans ce qu'elle a de plus concret aujourd'hui, fait quelque chose d'assez proche, elle ingère des données, les structure et produit des analyses ou des actions à partir de ces flux.

Les fondateurs qui viennent de l'open banking ont une compréhension fine des contraintes réglementaires liées aux données financières, du cadre défini par la directive européenne sur les services de paiement, et des attentes des grandes institutions en matière de sécurité et de conformité. Ce sont des barrières à l'entrée réelles pour des équipes purement technologiques sans expérience du secteur.

Si le nouveau projet de Kjellén et Hedberg s'inscrit dans la continuité de ces compétences, qu'il s'agisse d'IA pour l'analyse financière, la détection de fraude ou l'automatisation des processus bancaires, il part avec une longueur d'avance structurelle sur des concurrents plus généralistes.

Un signal de plus dans la vague des fondateurs fintech qui pivotent vers l'IA

Ce mouvement n'est pas isolé. Depuis deux ans, plusieurs fondateurs issus de la première vague fintech européenne, ceux qui ont bâti des néobanques, des plateformes de paiement ou des outils d'infrastructure entre 2012 et 2020, se repositionnent vers l'IA. Certains rejoignent des entreprises existantes comme conseillers ou investisseurs. D'autres, comme Kjellén et Hedberg, choisissent de reconstruire.

Ce phénomène dit quelque chose d'intéressant sur l'état du marché. La fintech pure, dans ses formes historiques, a atteint une certaine maturité. Les grands acteurs sont en place, les régulateurs ont rattrapé leur retard, les marges se compriment. L'IA, elle, est encore en phase de définition de ses cas d'usage les plus solides dans les services financiers. C'est là que se situent les opportunités de construction d'entreprise à forte valeur.

Ce qu'il faut retenir

Les fondateurs de Tink, vendu à Visa pour 2,2 milliards de dollars en 2022, lancent une nouvelle startup dans l'intelligence artificielle appliquée aux entreprises.

Leur profil, dix ans de fintech d'infrastructure et un exit majeur, leur donne un avantage réel pour lever des fonds et attirer des clients institutionnels dès le départ.

Le projet reste en grande partie confidentiel, mais la direction choisie, l'IA d'entreprise, s'inscrit dans la continuité logique de leur expertise en données financières et en architecture d'infrastructure.

Ce mouvement illustre une tendance plus large, les fondateurs de la première génération fintech européenne se repositionnent vers l'IA, là où les espaces de construction restent ouverts.

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