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Chargebacks en Amérique latine : pourquoi la fraude amicale est devenue le vrai problème du e-commerce

Findfi · 4 octobre 2026 · 9 min de lecture

3,7 % des commandes en ligne affectées, 19 % du chiffre d'affaires e-commerce englouti dans la gestion de la fraude : l'Amérique latine est l'une des régions du monde où le risque de chargeback pèse le plus lourd. Derrière les chiffres, une réalité structurelle que dLocal, acteur central des paiements locaux dans la région, documente avec précision.

Sommaire

Le chiffre qui résume tout : 19 % du chiffre d'affaires partis en fumée

Quand un marchand perd presque un cinquième de ses revenus e-commerce à gérer des litiges de paiement, ce n'est plus un problème opérationnel, c'est un problème de modèle économique. C'est pourtant la réalité documentée pour les marchands actifs en Amérique latine : selon une enquête conjointe MRC, Cybersource et Verifi, ils consacrent en moyenne 19 % de leur chiffre d'affaires annuel en ligne à la prévention et à la gestion de la fraude. Dans le même temps, les chargebacks, ces procédures de contestation par lesquelles un acheteur demande à sa banque le remboursement d'une transaction, touchent 3,7 % des commandes régionales.

Pour mettre ce chiffre en perspective : dans des marchés plus matures comme les États-Unis ou l'Europe occidentale, le taux de chargeback tourne généralement autour de 0,5 à 1 %. En Amérique latine, il est trois à sept fois plus élevé. Ce n'est pas seulement une question de fraude au sens classique du terme. La moitié de ces chargebacks relèvent, selon Americas Market Intelligence, de ce que l'industrie appelle la fraude amicale : un acheteur réel, utilisant sa propre carte, qui conteste une transaction légitime pour récupérer son argent après réception du produit ou du service. Un phénomène que les systèmes de prévention classiques, calibrés pour détecter des tiers malveillants, ne savent pas traiter efficacement.

C'est dans ce contexte que dLocal, la plateforme de paiements locaux cotée au Nasdaq et spécialisée dans les marchés émergents, publie une analyse approfondie sur le sujet. La timing n'est pas anodin : la société vient de franchir le milliard de dollars de revenus annuels en 2025 et accélère en 2026, avec un volume total de paiements traités (TPV) qui dépasse les 14 milliards de dollars au premier trimestre 2026. Son intérêt à documenter ce problème est direct, mais son diagnostic n'en est pas moins instructif.

Le Brésil, cas d'école grandeur nature

Le Brésil concentre à lui seul les deux faces du paradoxe latino-américain du paiement. D'un côté, une infrastructure de paiement instantané parmi les plus avancées au monde : Pix, lancé fin 2020 par la Banque centrale brésilienne, a traité plus de 42 milliards de transactions en 2024, soit une progression de 53 % sur un an selon les données compilées par plusieurs sources sectorielles. En valeur absolue, le volume traité dépasse 26 000 milliards de reais (environ 5 000 milliards de dollars) sur l'année. Pix représente aujourd'hui 33 % des paiements e-commerce au Brésil et devrait dépasser les cartes de crédit dans ce canal en 2026.

De l'autre côté, une réalité moins reluisante : les notifications de fraude liées à Pix ont dépassé 390 000 par mois en 2024, contre 216 000 en 2023 et 136 000 en 2022, selon les données de la Banque centrale du Brésil. La croissance du système entraîne mécaniquement une augmentation du volume frauduleux en valeur absolue, même si le ratio de fraude reste très faible en proportion (environ 0,007 % du total des opérations). C'est précisément cette asymétrie qui complique la gestion des risques : à l'échelle, même un taux microscopique représente des centaines de millions de transactions à surveiller.

Le cas Pix illustre aussi une problématique spécifique au chargeback en Amérique latine : les modes de paiement locaux, qu'il s'agisse de virements instantanés, de boletos ou de paiements en espèces convertis en crédit, ne bénéficient pas des mêmes mécanismes de contestation que les cartes Visa ou Mastercard. Le mécanisme brésilien de restitution (MED) existe, mais son périmètre et ses délais diffèrent des standards internationaux. Pour un marchand mondial qui opère dans dix pays d'Amérique latine simultanément, la fragmentation réglementaire est un cauchemar opérationnel.

Pourquoi la fragmentation est le vrai adversaire

Le problème du chargeback en Amérique latine n'est pas uniquement un problème de fraude. C'est d'abord un problème d'hétérogénéité. Les règles varient selon les pays, les réseaux, les méthodes de paiement et les banques émettrices. Un même type de litige peut être traité en trois jours en Argentine et en six semaines au Mexique. Les obligations de preuve diffèrent selon que la transaction a été réalisée par carte, par paiement instantané ou par un moyen alternatif.

Cette complexité crée un désavantage structurel pour les marchands étrangers qui entrent sur ces marchés. Sans connaissance fine du droit local et des pratiques de chaque réseau, ils subissent les litiges plutôt qu'ils ne les pilotent. La tendance du marché va vers une approche multicouche combinant des contrôles en temps réel et une infrastructure locale dédiée, mais la transition est loin d'être achevée. Beaucoup de marchands n'ont toujours pas de visibilité cross-border cohérente sur leurs contestations.

C'est précisément sur ce terrain que se jouent les batailles commerciales des acteurs comme dLocal, mais aussi des spécialistes de la fraude e-commerce comme ClearSale, acquis par Experian pour 350 millions de dollars en 2025. La valeur ne réside plus dans le simple traitement du paiement, mais dans la capacité à absorber le risque de litige ou à outiller le marchand pour le gérer. Pour une direction financière, c'est une distinction fondamentale, qui influe directement sur le coût effectif d'accès à ces marchés. C'est aussi l'un des quatre leviers concrets de création de valeur que l'intelligence artificielle ouvre dans la fintech, depuis la tarification du risque jusqu'à la détection des anomalies transactionnelles.

dLocal : le poids financier de la problématique pour la plateforme elle-même

Pour comprendre l'enjeu commercial de cette publication, il faut regarder les chiffres de dLocal. La plateforme a franchi le cap du milliard de dollars de revenus annuels en 2025, avec 1,09 milliard de dollars, en hausse de 47 % sur un an. Son volume total de paiements traités a atteint 40,8 milliards de dollars sur l'exercice, en hausse de 60 %. La croissance s'est poursuivie au premier semestre 2026 : 335,9 millions de dollars de revenus au premier trimestre (+55 % sur un an) et 399,7 millions de dollars au deuxième trimestre (+56 % sur un an), avec un TPV de près de 18 milliards de dollars sur ce seul trimestre.

Le Brésil et l'Argentine figurent explicitement parmi les moteurs de cette croissance selon les résultats du deuxième trimestre 2026. Or, ce sont précisément les deux marchés où le risque de chargeback et la complexité de l'infrastructure locale sont les plus significatifs. La gestion de ce risque est donc au cœur du positionnement de valeur de dLocal auprès des marchands mondiaux qui lui font confiance pour pénétrer ces marchés.

dLocal opère depuis une infrastructure unifiée (une API unique, plus de quinze pays couverts en Amérique latine) et propose notamment un produit dédié, le Chargeback Protector, qui transfère contractuellement le risque de litige frauduleux vers la plateforme en échange d'une commission locale. C'est un positionnement qui rappelle la logique des agents de paiement nouvelle génération qui absorbent la complexité opérationnelle pour les grands donneurs d'ordre.

L'analyse Findfi

Exercice de calcul : si les marchands en Amérique latine consacrent 19 % de leur chiffre d'affaires e-commerce à la gestion de la fraude, et que le e-commerce régional est estimé à environ 950 milliards de dollars d'ici 2026 (projection citée dans plusieurs études sectorielles sur l'économie numérique de la région), cela représente un coût agrégé de l'ordre de 180 milliards de dollars par an. Même en appliquant un ratio bien plus conservateur, sur la seule base du Brésil qui représente environ 40 % du e-commerce régional, on arrive à un coût estimé supérieur à 70 milliards de dollars annuels rien que pour le marché brésilien. C'est un ordre de grandeur qui éclaire le potentiel commercial des solutions de gestion des chargebacks.

Autre ratio à noter : dLocal traite un TPV de l'ordre de 18 milliards de dollars par trimestre au deuxième trimestre 2026. Si l'on applique le taux sectoriel de chargeback de 3,7 % à ce volume, cela représenterait environ 660 millions de dollars de transactions contestables par trimestre sur la plateforme, soit 2,6 milliards de dollars annualisés. L'enjeu pour dLocal de réduire ce taux, même d'un demi-point, se chiffre donc en centaines de millions de dollars de risque absorbé ou transféré. Ce calcul est une estimation Findfi construite à partir des données publiées et du taux sectoriel, non un chiffre officiel de la société.

Ce ratio met aussi en lumière pourquoi la tarification des marchés émergents est plus complexe qu'elle n'y paraît. Le prix apparent d'un service de paiement local est rarement le coût réel pour le marchand, une fois intégrés les chargebacks, les coûts de réconciliation et les délais de règlement. C'est exactement l'argument que des acteurs comme dLocal, mais aussi ProgressSoft avec sa stratégie d'intelligence embarquée dans le paiement, utilisent pour justifier des marges plus élevées sur ces marchés.

Ce que ça change concrètement pour une direction financière

Pour une direction financière ou un responsable de la trésorerie d'un groupe international actif en Amérique latine, le sujet des chargebacks a plusieurs implications directes. La première concerne la prévision de trésorerie : un taux de chargeback à 3,7 % crée une incertitude sur les encaissements qui peut dépasser sensiblement les niveaux habituels, avec des délais de résolution allant de quelques jours à plusieurs semaines selon les pays. Toute modélisation financière ignorant ce paramètre sous-estime structurellement le besoin en fonds de roulement lié à l'activité e-commerce en LATAM.

La deuxième implication est contractuelle. Avant d'entrer dans un marché d'Amérique latine, il faut négocier avec le prestataire de paiement qui porte le risque de chargeback, comment ce risque est partagé, plafonné ou assuré. Les solutions qui mutualisent ce risque (comme le Chargeback Protector de dLocal) ont un coût apparent plus élevé, mais peuvent réduire la volatilité des flux financiers. Pour une direction financière soucieuse de lisibilité sur ses cash-flows, cet argument est souvent sous-estimé face au critère du taux de commission apparent.

La troisième implication touche à la gouvernance des données. Gérer les chargebacks de manière proactive exige une granularité transactionnelle que beaucoup de systèmes comptables centraux n'ont pas en temps réel sur les marchés locaux. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'intégration de solutions de paiement local avec les systèmes de gestion financière du siège est souvent plus complexe qu'annoncé, un sujet que traitent aussi bien des logiciels comme Indy sur le segment des indépendants que les grandes plateformes de gestion de dépenses comme American Express Corporate sur celui des grands comptes.

Ce qu'il faut retenir

Premier point : le chargeback en Amérique latine est structurellement plus élevé qu'ailleurs, avec 3,7 % des commandes contestées et 19 % du chiffre d'affaires e-commerce consommés par la gestion de la fraude. Ce n'est pas une anomalie temporaire, c'est une caractéristique durable du marché, liée à la fragmentation réglementaire et à la montée de la fraude amicale.

Deuxième point : Pix au Brésil illustre parfaitement le paradoxe de la région. Le succès d'un système de paiement instantané à 42 milliards de transactions en 2024 crée en parallèle une surface d'attaque et une complexité de gestion des litiges qui évoluent plus vite que l'infrastructure de protection.

Troisième point : pour un marchand international, entrer en Amérique latine sans modéliser le coût réel du risque de chargeback revient à sous-estimer son coût d'accès au marché. Le choix du partenaire de paiement local n'est pas seulement une décision technique : c'est une décision de gestion du risque financier, avec des implications directes sur la rentabilité et la lisibilité des flux. Les acteurs comme dLocal, qui franchissent le milliard de revenus annuels en 2025 avec une croissance de 47 %, construisent précisément leur proposition de valeur autour de cette absorption de complexité. Pour explorer comment les acteurs du financement de cette infrastructure se positionnent, la catégorie Financement et M&A de Findfi offre un panorama des opérations récentes qui dessinent le secteur.

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