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Cleavr lève 8 millions d'euros : la fintech parisienne qui veut éliminer les retards de paiement en Europe

Findfi · 6 octobre 2026 · 8 min de lecture

Fondée en 2025, Cleavr a convaincu plus de 100 clients en sept mois avec une plateforme de recouvrement de factures pilotée par des agents IA. Un seed de 8 millions d'euros, mené par Varsity, pour accélérer en Europe.

Sommaire

Un problème vieux comme la comptabilité, une approche nouvelle

Les retards de paiement font partie du quotidien de presque toutes les directions financières. En France, ils seraient à l'origine d'environ un quart des défaillances de PME chaque année, un chiffre que Baptiste Nassoy, fondateur et directeur général de Cleavr, cite régulièrement pour cadrer l'enjeu. Le problème est connu, documenté, et pourtant très peu résolu par les outils existants.

Ce que Cleavr a identifié, c'est l'écart entre ce que les logiciels de recouvrement promettent et ce qu'ils livrent réellement. Selon la startup, les outils traditionnels n'automatisent en moyenne que 20 % du cycle d'encaissement : des scénarios de relance rigides, sans capacité de dialogue, incapables de s'adapter à la réponse d'un débiteur ou à la complexité d'un litige. Le reste, identifier le bon interlocuteur, gérer une promesse de paiement, escalader au service juridique, retombe sur les équipes. C'est précisément ce gap que la plateforme entend combler, en portant le taux d'automatisation jusqu'à 80 % du processus.

Cleavr s'inscrit dans une tendance de fond que Findfi documente depuis plusieurs mois : celle des agents IA appliqués à la finance d'entreprise, qui ne se contentent plus d'assister un opérateur humain mais prennent en charge des workflows complets, de bout en bout, avec une capacité de décision contextuelle.

8 millions d'euros en seed, six mois après le premier million

Cleavr annonce ce 6 octobre 2026 un tour de financement de 8 millions d'euros en seed, mené par Varsity, un fonds lancé en 2024 par d'anciens cadres de Société Générale et de Serena, avec la participation de Kima Ventures et Better Angle, déjà présents au capital, ainsi que de Portfolio Ventures, Kerala et Financière Saint James.

Ce tour intervient six mois exactement après un premier financement de 1 million d'euros en pré-seed, bouclé en mars 2026 avec Kima Ventures et Better Angle en tête, et des business angels issus de Pennylane, MyUnisoft et Mantu. Le financement total divulgué atteint désormais 9 millions d'euros, pour une société créée en 2025 par Baptiste Nassoy, Arthur Guérin et Antoine Grenard.

La vitesse de ce second tour est l'un des signaux forts de cette opération. Boucler un seed de 8 millions d'euros en six mois après un pré-seed d'un million, c'est une compression du calendrier de financement qui reflète une traction client jugée suffisamment convaincante pour court-circuiter l'étape intermédiaire.

Ce que fait concrètement la plateforme

La solution de Cleavr prend en charge le cycle de recouvrement dès qu'une facture est émise et non réglée dans les délais. La plateforme identifie les bons interlocuteurs chez le débiteur, comptable, responsable financier, direction selon le montant ou l'ancienneté de l'impayé, puis orchestre des relances multicanales par e-mail, téléphone ou SMS, en adaptant le ton, la fréquence et le canal à chaque situation.

Quand un débiteur formule une promesse de paiement, le système l'enregistre et programme un suivi automatique. Si un litige est soulevé, les relances sont suspendues et l'équipe est alertée. En cas d'absence de réponse prolongée, le dossier est escaladé vers le recouvrement contentieux. Toutes ces actions s'appuient sur une connexion directe aux ERP et logiciels comptables de l'entreprise cliente, ce qui évite les doubles saisies et permet un lettrage en temps réel.

La plateforme opère aujourd'hui en français, anglais, espagnol et allemand, avec une adaptation au ton local et aux réglementations de chaque pays. Cleavr est déjà actif en France, Espagne, Allemagne, Belgique, Italie et Royaume-Uni. C'est une dimension souvent négligée dans les outils de recouvrement : les grandes ETI et groupes internationaux jonglent avec des créances dans plusieurs juridictions, et les outils existants peinent à industrialiser cette complexité.

Les chiffres de traction qui ont convaincu Varsity

Plus de 100 clients acquis en sept mois d'activité commerciale, une réduction moyenne du délai de règlement de 37 %, ce que les financiers appellent le DSO, ou délai moyen de paiement des créances clients, et 40 % de trésorerie supplémentaire collectée : ce sont les métriques que Cleavr met en avant pour justifier cette levée. Didier Valet, associé gérant de Varsity, souligne que la startup a convaincu des entreprises de toutes tailles et qu'aucune d'entre elles n'a mis fin à son abonnement.

Le modèle économique repose sur un abonnement récurrent de type SaaS, ce qui donne une visibilité sur les revenus et une logique de rétention que les investisseurs en capital-risque valorisent fortement au stade seed. L'absence de churn déclaré, à ce stade, est une donnée notable, même si elle reste à confirmer sur la durée et à volume plus important.

La startup s'attaque à un marché que Varsity qualifie de « très peu automatisé » malgré sa taille. Pour les directions financières qui cherchent à comparer les outils disponibles sur ce segment, Pigment est un exemple de plateforme qui traite la planification financière avec une logique similaire d'agent IA connecté aux systèmes existants.

L'analyse Findfi

Premier calcul notable : le multiple de financement entre les deux tours. Cleavr est passée d'un pré-seed de 1 million d'euros à un seed de 8 millions en six mois, soit un ticket multiplié par 8 en un seul tour. C'est une progression inhabituelle, même dans l'environnement favorable aux agents IA de 2026. Elle traduit une chose précise : Varsity et les co-investisseurs ont jugé que la preuve de concept était suffisamment solide pour engager directement un ticket de croissance, sans étape intermédiaire.

Deuxième estimation Findfi : si l'on rapporte le financement total de 9 millions d'euros à la base de plus de 100 clients, le coût d'acquisition implicite par client depuis la création est inférieur à 90 000 euros, un ordre de grandeur qui inclut le développement produit, les salaires et tous les frais opératoires. C'est un ratio cohérent pour une solution B2B SaaS en phase d'amorçage, à condition que la valeur annuelle par contrat soit significative. Sur ce point, Cleavr ne communique pas de revenu annuel récurrent moyen par client, ce qui reste la grande inconnue pour évaluer la rentabilité à terme.

Troisième lecture : le profil de Varsity. Ce fonds, créé par d'anciens dirigeants de Société Générale et de Serena, se positionne explicitement sur les fintech et outils financiers B2B. Son entrée au capital de Cleavr valide l'angle sectoriel autant que la traction commerciale. Pour les startups qui cherchent à comprendre la logique de ces tours à montant élevé, l'article Findfi sur la mécanique des opérations de financement apporte des éléments de contexte utiles.

Enfin, la réduction de 37 % du DSO mérite d'être mise en perspective. Si une entreprise encaisse en moyenne 60 jours après émission de la facture, une réduction de 37 % ramène ce délai à environ 38 jours. Sur un volume de créances clients de 5 millions d'euros, ce gain représente mécaniquement une libération de trésorerie de l'ordre de 1,8 million d'euros, sans aucun refinancement. C'est un argument financier concret, mesurable sur un compte de résultat, et c'est précisément ce qui rend ce type de solution pertinent pour un directeur financier soumis à des contraintes de besoin en fonds de roulement.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour une direction financière

Pour une PME ou une ETI dont les équipes financières passent plusieurs heures par semaine à relancer des clients en retard de paiement, Cleavr représente une substitution quasi-complète de cette charge. La plateforme prend en main la totalité du cycle de relance, de la première notification jusqu'à l'escalade contentieuse, en s'intégrant aux outils déjà en place (ERP, logiciel comptable). Il n'y a pas de migration de données ni de refonte des processus : c'est une couche d'exécution qui se branche sur l'existant.

L'angle le plus intéressant pour un directeur financier n'est pas l'économie de temps, bien que réelle, mais le gain de trésorerie directement mesurable. Un DSO réduit de 37 % se lit directement dans le besoin en fonds de roulement. C'est un levier que les directions financières cherchent habituellement du côté du financement (affacturage, escompte) plutôt que du côté de l'optimisation opérationnelle. Cleavr inverse la logique : avant de payer pour accélérer l'encaissement, il faut d'abord s'assurer que le processus de relance est irréprochable.

La fintech open banking WeMoney Connect illustre une dynamique complémentaire : là où Cleavr agit sur la créance côté vendeur, d'autres acteurs travaillent à fluidifier l'encaissement côté acheteur. Ces deux segments convergent vers le même objectif, réduire la friction dans les flux financiers inter-entreprises, et la multiplication des levées de fonds dans cet espace signale que le marché commence à se structurer sérieusement.

Pour les grandes entreprises avec des volumes de facturation importants et une présence multi-pays, la dimension multilingue et multi-juridiction de Cleavr est un avantage concret. Les outils de recouvrement généralistes peinent souvent à adapter la communication aux spécificités locales, délais légaux, pratiques de relance, interlocuteurs privilégiés selon les pays. C'est un point de différenciation que la startup met en avant pour justifier son ambition paneuropéenne.

Ce qu'il faut retenir

Cleavr boucle un seed de 8 millions d'euros six mois après un pré-seed de 1 million, pour un financement total de 9 millions d'euros. Le tour est mené par Varsity, fonds positionné sur la fintech B2B, avec Kima Ventures et Better Angle en suivi.

La startup revendique plus de 100 clients acquis en sept mois, une réduction moyenne du délai de paiement de 37 % et 40 % de trésorerie supplémentaire collectée, des métriques qui ont suffi à convaincre des investisseurs de multiplier le ticket par 8 en un seul tour.

L'angle business est simple et mesurable : transformer le recouvrement de factures, longtemps traité comme une tâche manuelle et répétitive, en un processus piloté par des agents capables de décision contextuelle. Ce positionnement s'inscrit dans la tendance plus large des agents IA appliqués aux outils financiers, qui gagnent rapidement du terrain dans les directions financières européennes.

L'usage des fonds cible le renforcement commercial, le développement produit et l'accélération en Europe, Espagne, Allemagne, Italie, Belgique et Royaume-Uni sont déjà actifs. La vraie question pour les prochains mois sera de savoir si Cleavr parvient à tenir ses métriques de réduction du DSO à grande échelle, au-delà des 100 premiers clients.

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