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Intel rachète Classiq pour 2,3 milliards de dollars : le pari quantique qui change la donne

Par · 31 octobre 2026 · 7 min de lecture

Six ans après sa fondation, la startup israélienne Classiq s'offre le plus grand exit de l'histoire de l'informatique quantique. Intel débourse 2,3 milliards de dollars pour s'emparer d'une couche logicielle que ni Google, ni IBM, ni Microsoft ne possèdent encore.

Sommaire

Le deal : 2,3 milliards pour la plus grande acquisition quantique de l'histoire

Intel vient d'annoncer le rachat de Classiq Technologies, startup israélienne spécialisée dans le logiciel pour ordinateurs quantiques, pour un montant de 2,3 milliards de dollars, réglé en cash et en actions. La transaction, attendue pour le premier semestre 2027 sous réserve des validations réglementaires, est officiellement la plus importante jamais réalisée dans le secteur du calcul quantique mondial.

Pour mesurer l'ampleur du coup, il suffit d'un point de comparaison : le précédent record sectoriel était détenu par l'acquisition d'Oxford Ionics par IonQ, bouclée en 2025 pour environ 1 milliard de dollars. Intel fait plus que doubler la mise, en payant 2,3 fois ce montant. Plus tôt dans l'année, Quantum Circuits avait été cédé à D-Wave pour 550 millions de dollars, soit environ quatre fois moins que Classiq. Le secteur change clairement d'échelle.

C'est aussi la première grande acquisition d'Intel depuis quatre ans, et le deuxième plus gros rachat d'une entreprise israélienne dans son histoire, loin derrière Mobileye en 2017 (15,3 milliards de dollars), mais devant Habana Labs (2 milliards en 2019) et Moovit (1 milliard en 2020).

Classiq : six ans, 200 millions levés, 150 personnes, et un positionnement unique

Fondée en 2020 par Nir Minerbi (directeur général), Amir Naveh (directeur produit) et Yehuda Naveh (directeur technique), Classiq a levé environ 200 millions de dollars en quatre tours de table, dont 110 millions en série C bouclée en 2025, ce qui constituait à l'époque la plus grosse levée jamais réalisée par une société de logiciel quantique. La startup emploie aujourd'hui environ 150 personnes à Tel Aviv.

Ce qui rend Classiq stratégiquement précieux n'est pas tant le nombre de clients que la nature de sa technologie. La plateforme fonctionne comme un système d'exploitation agnostique pour ordinateurs quantiques : elle permet à des développeurs de décrire le calcul qu'ils souhaitent effectuer, puis génère et optimise automatiquement les circuits quantiques sous-jacents, sans exiger une expertise quantique pointue. Concrètement, BMW, Wells Fargo et Merck font partie de ses clients référencés.

La plateforme est également intégrée dans le curriculum d'universités comme le MIT et l'University College London, et dispose de partenariats avec Microsoft Azure Quantum, AWS Braket, Nvidia et Google Quantum Cloud. Ce positionnement multi-hardware est précisément ce qu'Intel veut préserver, ce qui explique qu'après la clôture du deal, Classiq continuera à proposer son logiciel sur les matériels quantiques de ses concurrents. Pour comprendre pourquoi ce type de stratégie plateforme devient la norme dans la tech financière, les modèles économiques B2B à couche middleware sont particulièrement révélateurs.

Pourquoi Intel a besoin de cette acquisition maintenant

Intel n'est pas un nouvel entrant dans le quantique : le groupe travaille depuis plusieurs années sur une technologie de qubits en silicium (silicon spin-qubit), qui présente l'avantage théorique d'être compatible avec les lignes de fabrication de semiconducteurs existantes. Mais posséder du matériel sans couche logicielle cohérente, c'est vendre un moteur sans tableau de bord.

L'acquisition de Classiq répond exactement à ce manque. En réunissant la technologie de qubits en silicium d'Intel et la plateforme de synthèse algorithmique de Classiq, le groupe construit ce que son directeur général Lip-Bu Tan a qualifié de "full-stack quantum computing business". En d'autres termes, Intel ne veut plus simplement faire de la recherche quantique : il veut vendre une offre commerciale complète à des entreprises.

Cette logique n'est pas sans rappeler d'autres mouvements dans l'IA, où la valeur s'est concentrée sur les acteurs capables de proposer une couche logicielle au-dessus du matériel. La bulle IA et la peur du surinvestissement en infrastructure rend ce type de positionnement applicatif d'autant plus défensif : mieux vaut vendre du logiciel à usage immédiat que de parier uniquement sur une promesse matérielle à dix ans.

L'analyse Findfi : un multiple de 11,5x et une valorisation à 15 millions par tête

Deux ratios méritent d'être posés clairement. Premier ratio : Classiq a levé environ 200 millions de dollars depuis sa création. À 2,3 milliards d'acquisition, cela représente un multiple de 11,5 fois les fonds investis, estimation Findfi basée sur les montants publiquement documentés. C'est un retour très solide pour les investisseurs, dans un secteur où les revenus récurrents restent encore modestes, puisque lors de la série C en 2025, les revenus annuels récurrents de Classiq se situaient encore dans les "faibles millions" selon ses propres communications.

Deuxième ratio : avec environ 150 employés pour une valorisation de 2,3 milliards, Intel paie environ 15,3 millions de dollars par salarié, estimation Findfi calculée à partir des données publiques de l'opération. À titre de comparaison, des acquisitions comme celle de Habana Labs (2 milliards pour une équipe plus réduite) se situaient dans des ordres de grandeur similaires, ce qui souligne que le prix payé n'est pas aberrant pour une startup deeptech avec une technologie différenciante, mais reflète bien une prime sur le potentiel futur plutôt que sur la taille actuelle.

Côté fondateurs, les trois co-fondateurs devraient chacun empocher entre 80 et 100 millions de dollars. Entrée Capital, lead investor depuis le tour pré-amorçage, devrait percevoir plus de 300 millions de dollars. Les salariés, qui détiennent collectivement environ 10% du capital, se partageront une cagnotte d'environ 230 millions de dollars. Pour contextualiser ce type de retour dans le capital-risque tech, l'article sur Lovable à 13,3 milliards de dollars est une bonne lecture complémentaire.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour une direction financière ou un professionnel de la finance

Pour une direction financière ou un directeur des systèmes d'information dans un grand groupe, ce deal envoie un signal clair : l'informatique quantique n'est plus un horizon à dix ans réservé aux laboratoires de recherche. Des clients comme Wells Fargo utilisent déjà la plateforme Classiq, ce qui signifie que des acteurs du secteur financier testent concrètement des cas d'usage quantiques, notamment en optimisation de portefeuille, modélisation du risque ou simulation de scénarios complexes.

Le fait qu'Intel s'engage à maintenir la compatibilité multi-hardware de Classiq après l'acquisition est également un signal important : les entreprises qui ont déjà commencé à travailler avec la plateforme ne seront pas captives du hardware Intel. Cela réduit le risque d'adoption pour des groupes financiers qui hésitent à tester le quantique par crainte d'un verrouillage technologique.

Pour les directions financières qui pilotent des budgets technologiques, ce deal redessine aussi la carte des fournisseurs crédibles. Intel entre dans la cour des offreurs quantiques complets, aux côtés d'IBM et de Google. Dans les arbitrages budgétaires à venir sur les investissements en infrastructure de calcul, le quantique commence à rejoindre l'IA générative comme ligne à prendre au sérieux. Les outils d'aide à la décision financière évoluent rapidement dans ce sens, et des solutions comme celles évoquées dans notre guide pour créer un assistant financier avec l'IA ne sont qu'un premier niveau d'une transformation plus profonde à venir.

Un exit record pour la tech israélienne, un coup d'accélérateur pour tout un secteur

Au-delà de l'opération elle-même, l'exit de Classiq pourrait agir comme catalyseur pour l'écosystème quantique israélien. Israël compte 22 startups dans le quantique selon les données de Startup Nation Central. Jusqu'ici, aucune n'avait réalisé d'exit significatif. Classiq brise ce plafond de verre, et le fait de manière spectaculaire.

L'annonce a d'ailleurs immédiatement fait bouger les cours des sociétés quantiques cotées : IonQ, Rigetti Computing et D-Wave Quantum ont toutes progressé en bourse après la nouvelle, signe que les investisseurs ont interprété le deal comme une validation de la thèse sectorielle. Quand un acteur de l'envergure d'Intel met 2,3 milliards sur la table pour acheter une startup de 150 personnes avec des revenus encore limités, c'est qu'il achète de l'avenir, pas du présent.

Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large où de grandes entreprises tech cherchent à sécuriser des positions dans des technologies de rupture avant que le marché ne soit constitué, une logique que l'on retrouve également dans les stratégies d'investissement en infrastructure IA en Europe. Les acquisitions dans la deuxième vague fintech et deep tech européenne suivent la même logique de consolidation anticipée.

Ce qu'il faut retenir

Premier point : à 2,3 milliards de dollars, le rachat de Classiq est le plus grand deal de l'histoire de l'informatique quantique, plus de deux fois supérieur au précédent record. Intel devient le premier grand groupe tech à se doter d'une offre quantique complète hardware et logiciel.

Deuxième point : le multiple de 11,5 fois les fonds investis, calculé par Findfi, valide un modèle deeptech à revenus encore embryonnaires mais à valorisation stratégique. Ce n'est pas la taille du chiffre d'affaires qui a été payée, c'est la rareté de la position technologique.

Troisième point : Classiq restera multi-hardware après l'acquisition. Pour les entreprises qui hésitent à entrer dans le quantique par peur du verrouillage, c'est une garantie non négligeable. Des clients comme Wells Fargo ou BMW sont déjà dans la boucle.

Quatrième point : ce deal envoie un signal fort aux directions financières et technologiques des grands groupes. Le quantique sort du laboratoire. Les premières entreprises à construire leur compétence interne auront une longueur d'avance quand la technologie passera en production, dans un horizon de cinq à sept ans selon la plupart des estimations de marché.

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