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Verda lève 189 millions de dollars : l'Europe a son nouvel outsider de l'infrastructure IA

Findfi · 26 septembre 2026 · 7 min de lecture

La startup finlandaise Verda, anciennement DataCrunch, vient de boucler un Série B sursouscrit de 189 millions de dollars qui la propulse au rang d'unicorne. Derrière le chiffre, une stratégie claire pour challenger les géants américains du cloud GPU depuis les terres nordiques.

Sommaire

Ce qui s'est passé : un Série B sursouscrit qui change la donne

Le 22 septembre 2026, Verda a annoncé avoir levé 189 millions de dollars dans le cadre d'un Série B sursouscrit. Le tour a été mené par Emergence Capital, fonds américain connu pour avoir financé Salesforce et Zoom à leurs débuts. L'opération propulse la valorisation de la société au-dessus du milliard de dollars, faisant de Verda le dernier licorne européen de l'infrastructure IA en date.

Le tour rassemble un plateau d'investisseurs stratégiques rarement vus ensemble dans un même cap table européen : MUFG Innovation Partners (bras venture de la première banque japonaise par actifs), le fabricant de serveurs Super Micro Computer, le fonds de pension finlandais Varma, Lifeline Ventures, 6 Degrees Capital, byFounders, Tesi (le fonds d'investissement industriel finlandais), sans oublier plusieurs business angels dont des profils issus de Meta et du monde des processeurs graphiques.

De DataCrunch à Verda : une startup née de la frustration des ingénieurs IA

Verda s'appelait DataCrunch jusqu'en novembre 2025. La société a été fondée en 2020 à Helsinki par Ruben Bryon, ingénieur belge qui avait vécu de l'intérieur les limites des grandes plateformes cloud : coûts élevés, provisionnement lent, expérience client décevante. Le repositionnement de marque accompagne une montée en gamme stratégique, pas un simple lifting de communication.

Le modèle est dit « full-stack » : Verda possède et opère ses propres centres de données en Finlande et en Islande, gère le matériel (clusters GPU à base de puces Nvidia, dont les nouvelles générations Blackwell), développe ses propres couches logicielles et propose des services cloud à la demande. Cette intégration verticale totale est le cœur de sa proposition de valeur face aux hyperscalers, qui délèguent souvent une partie de la chaîne. Pour aller plus loin sur le fonctionnement des agents IA qui alimentent ces besoins en calcul, cet article pose les bases concrètes.

Les chiffres qui racontent la trajectoire

Verda affiche un taux de revenus annualisé de 165 millions de dollars en juillet 2026, selon les données communiquées par la société. La plateforme sert des clients dans plus de 50 pays, parmi lesquels Aleph Alpha, Nokia, 1X, ExpressVPN ou Freepik. La société se déclare également à l'équilibre de trésorerie, ce qui est rare pour un acteur en phase d'hypercroissance dans une industrie aussi capitalistique.

Le financement total depuis la création dépasse désormais 450 millions de dollars en fonds propres et dette. Pour reconstruire l'historique : une amorçage de 13 millions de dollars levée en 2024, un Série A de 64 millions de dollars bouclé en 2025 (un premier tour de 117 millions d'euros porté à 155 millions d'euros grâce à l'entrée de la Banque nordique d'investissement), puis ce Série B de 189 millions de dollars. L'accélération est frappante.

Sur le plan des ambitions déclarées, le fondateur Ruben Bryon a indiqué à Bloomberg viser jusqu'à 1,5 milliard de dollars de financement supplémentaire d'ici fin 2026 et 10 milliards de dollars à horizon 2027. Des objectifs qui reflètent l'intensité capitalistique du secteur autant que la confiance affichée dans la trajectoire de la société.

L'énergie verte comme avantage concurrentiel durable

Verda tire une grande partie de son positionnement de sa localisation géographique. Ses centres de données opèrent en Finlande et en Islande, deux pays où l'électricité est produite quasi intégralement à partir de sources renouvelables. C'est un avantage structurel que les acteurs américains ont du mal à répliquer à court terme.

L'argument ne relève plus du greenwashing : la consommation électrique des charges de travail IA est devenue un critère d'achat pour les grandes organisations, notamment en Europe où les réglementations ESG serrent progressivement les exigences de reporting. Un centre de données qui tourne à l'hydroélectricité islandaise ou finlandaise réduit mécaniquement l'empreinte carbone imputable aux équipes qui y font tourner leurs modèles. Verda en fait un argument commercial central et mesurable, pas un supplément d'âme.

L'analyse Findfi : un multiple de valorisation inhabituellement sobre

Avec un taux de revenus annualisé de 165 millions de dollars en juillet 2026 et une valorisation post-money annoncée à « au moins 1 milliard de dollars », Verda affiche un multiple prix-sur-revenus d'environ 6x. C'est une estimation Findfi calculée sur la base des données publiques disponibles.

Ce ratio est remarquablement bas pour une startup IA en forte croissance : les acteurs comparables du cloud GPU aux États-Unis ont été valorisés à des multiples bien supérieurs lors de leurs tours récents. CoreWeave, par exemple, a été valorisé à plus de 20x ses revenus lors de son introduction en bourse. Que Verda soit à 6x reflète soit une prudence volontaire de la société pour ne pas diluer excessivement ses fondateurs, soit une prime de risque que le marché applique encore aux acteurs européens de l'infrastructure IA. Dans les deux cas, c'est un signal d'ancrage dans le réel plutôt que dans la spéculation.

Pour comprendre pourquoi les startups d'infrastructure IA captent de tels volumes de financement, cet article détaille la mécanique.

Ce que Verda dit du marché européen de l'infrastructure IA

Le segment des neoclouds GPU, ces fournisseurs alternatifs qui challengent AWS, Google Cloud et Azure sur les charges de travail IA, est jusqu'ici dominé par des acteurs américains : CoreWeave (entré en bourse), Lambda Labs, Crusoe, Together AI. Verda est l'un des rares acteurs européens à avoir atteint une échelle suffisante pour peser dans cette compétition.

La composition du tour de Verda mérite attention : la présence de Super Micro Computer (fabricant de serveurs et partenaire privilégié de Nvidia) et de MUFG Innovation Partners (bras financier d'un acteur bancaire majeur) signale que l'infrastructure IA intéresse désormais des investisseurs stratégiques au-delà des fonds venture classiques. Ce sont des acteurs qui cherchent à sécuriser un accès ou une position dans la chaîne de valeur du calcul IA, pas seulement un retour financier.

Par ailleurs, l'ouverture de bureaux à Londres et San Francisco indique que Verda ne compte pas rester un acteur nordique de niche : le marché cible est mondial, même si l'infrastructure physique reste ancrée dans des zones à faible coût énergétique et à énergie verte.

Concrètement, ce que ça change pour une direction financière

Pour une direction financière ou un responsable des achats technologiques, la montée en puissance d'acteurs comme Verda ouvre une vraie alternative aux hyperscalers américains pour les charges de travail IA intensives en calcul. Cela se traduit par plusieurs leviers concrets.

Premier levier : la souveraineté et la conformité. Faire tourner des modèles sur une infrastructure européenne, hébergée en Finlande ou en Islande, simplifie le respect des exigences de résidence des données imposées par le Règlement général sur la protection des données et, à terme, par l'IA Act européen. Pour des secteurs régulés comme la banque ou l'assurance, c'est un argument de conformité directement traduisible en réduction de risque juridique.

Deuxième levier : le bilan carbone. Les directions financières intègrent de plus en plus les coûts indirects liés aux émissions dans leurs analyses budgétaires. Une infrastructure alimentée à 100 % par des énergies renouvelables réduit l'empreinte carbone attribuable aux opérations IA, ce qui facilite le reporting extra-financier. Troisième levier : la compétitivité tarifaire. Verda a construit son positionnement initial sur des prix inférieurs aux hyperscalers pour des performances comparables sur les charges IA. À mesure que la société monte en puissance, cet écart de prix peut représenter une économie significative pour des organisations qui font tourner des modèles en continu. Sur la question de l'automatisation des tâches financières à l'ère des agents IA, l'infrastructure sous-jacente devient un enjeu stratégique direct.

Ce qu'il faut retenir

Verda lève 189 millions de dollars en Série B sursouscrit, atteint le statut d'unicorne avec une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars, et porte son financement total à plus de 450 millions de dollars depuis sa création en 2020.

Son taux de revenus annualisé de 165 millions de dollars en juillet 2026, combiné à une rentabilité opérationnelle déclarée, place Verda dans une catégorie rare pour une startup IA en phase d'expansion rapide. Le multiple de valorisation implicite d'environ 6x les revenus est inhabituellement ancré dans le réel.

La présence d'investisseurs stratégiques (Super Micro Computer, MUFG Innovation Partners, fonds de pension Varma) aux côtés de fonds venture traduit une convergence d'intérêts : sécuriser un accès à la capacité de calcul IA en Europe, pas seulement un pari financier.

Pour l'écosystème européen, Verda incarne la thèse selon laquelle l'infrastructure IA peut être construite depuis l'Europe avec des atouts différenciants réels (énergie verte, souveraineté, tarifs). Le fondateur Ruben Bryon a dit publiquement que la fenêtre pour bâtir une grande société de calcul depuis l'Europe existe, mais qu'elle ne restera pas ouverte longtemps. Le rythme de la levée suggère qu'il entend en profiter.

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