Doublé par ChatGPT, et tant mieux
Avant Luphy, Tristan et son associé Titouan Galpin travaillent environ deux ans chez Caption, une fintech qui passe de quelques milliers à 50 000 investisseurs. Lui gère les opérations, son associé la relation investisseurs. À trois pour parler à 50 000 personnes, tu apprends vite à aimer ton CRM.
Puis ChatGPT sort. Tous les deux y voient un nouvel internet qui s'ouvre. Ils sont jeunes, ils n'ont rien à perdre. Ils se lancent avec un outil qui analyse les decks de startups pour les fonds. À l'époque, les modèles ont une mémoire minuscule et ne sortent que des réponses très courtes, il faut donc toute une techno pour leur faire lire un deck. Quelques mois plus tard, ChatGPT sait le faire tout seul. Leur avance technique a disparu et ils se retrouvent, comme il dit, « un peu sur le carreau ».
Sauf qu'entre-temps, ils ont parlé à une centaine de fonds en six mois. Et le message qui revient est toujours le même. La techno est dépassée, mais les fonds veulent quand même bosser avec eux. Luphy devient une agence.
Depuis deux ans, le principe est simple. D'abord poser les fondations, c'est-à-dire un CRM propre et des données bien rangées. Ensuite seulement, construire les agents et les automatisations par-dessus. Sans ce socle, l'IA tourne à vide.
L'IA, tu la manages un peu comme un junior
À ceux qui ont peur de s'y mettre, Tristan répond par une image. Un junior, tu relis son travail avant de le valider. L'IA, pareil.
Le premier réflexe, c'est de savoir ce que tu attends d'elle. Où commence la tâche, où elle s'arrête, et ce qu'elle doit te rendre. Si tu n'es pas capable de vérifier le résultat, tu ne peux pas lui faire confiance.
Il commence par une matrice toute bête. Quelles données je lui donne, lesquelles sont sensibles, et dans quel outil j'ai le droit de les mettre. Lui, par exemple, ne met pas certains documents de clients dans n'importe quel outil. Il les passe par Microsoft Copilot, parce que dans son cas le traitement et les serveurs restent en Europe.
Ensuite, il demande à l'IA de montrer son raisonnement, calcul par calcul. Et avant d'industrialiser quoi que ce soit, il audite un échantillon de 30 à 40 dossiers. Si le taux d'erreur est bon, meilleur que celui qu'aurait eu un humain, il valide le process.
C'est très méthodique, il le reconnaît. Mais une fois que tu as des chiffres et que tu as découpé le travail en étapes, bosser avec une IA devient simple.
Tout s'automatise. Reste à savoir si ça paie
Tristan est cash. Aujourd'hui, on peut automatiser 95 % des process. La question n'est donc plus « est-ce que c'est possible ? » mais « est-ce que ça rapporte ? ».
Analyser des decks, scorer des opportunités, aller chercher de la donnée qu'un humain mettrait des heures à collecter. Tout ça se fait. Le déclic, c'est d'arrêter de penser « comment un humain s'y prendrait ? » pour penser « quel process je veux faire tourner ? ». Et de ne pas avoir peur de confier de gros morceaux à l'IA, tant que tu sais auditer ce qui en sort.
Son exemple pique un peu. Une tâche qui te prend cinq jours par an, soit environ 4 000 €. Tu investis 25 000 € pour l'automatiser. Il te faudra des années pour rentrer dans tes frais, et d'ici là la techno aura changé.
C'est le piège dans lequel tombent plein de boîtes. Des semaines à automatiser, des développeurs payés cher, et à la fin un gain minuscule.
Ce qui est pénible mais pas cher, tu peux continuer à le faire à la main.
Le jour où l'IA a été trop rapide
L'histoire qu'on a préférée. Une startup à 40 M€ de chiffre d'affaires automatise ses devis. Sur le papier c'est malin, plus un devis arrive vite, plus le client signe vite. Sauf que ça marche trop bien. Les devis partent si vite que les commerciaux sortent de la boucle. Résultat, des devis qui sortent deux fois plus vite et un taux de conversion qui baisse.
Ils ont donc remis le commercial au centre. Il ne prépare plus le devis, il récupère celui de l'IA, le comprend et le présente au client. Chaque commercial est passé de 15 à 70 dossiers suivis.
Le métier a changé, les indicateurs aussi. La puissance de l'outil a fini par payer, mais il a fallu se planter une première fois pour trouver la bonne formule. Pour Tristan, ces allers-retours font partie du chemin.
La leçon vaut aussi pour choisir qui t'accompagne. Tristan regarde trois choses.
La technique d'abord, mais c'est le minimum. Beaucoup de gens savent faire aujourd'hui, la barrière n'est plus là.
La méthode ensuite. Est-ce que la personne comprend ton business, est-ce qu'elle raisonne en objectifs, est-ce qu'elle sait te dire sur quel indicateur elle va jouer ? Un bon technicien te livre un outil qui marche. Un bon consultant te livre un résultat.
Et enfin l'adoption. Comment tu embarques les équipes, comment tu fais tomber les résistances de ceux qui ont peur de l'IA. C'est le sujet dont on parle le moins. Pourtant, un outil censé booster la productivité et que personne n'utilise, on en a tous croisé un.
Côté entreprise, même combat. Il faut un vrai pilote en interne, quelqu'un qui a l'autorité pour faire avancer le projet et qui suit les mêmes objectifs que le prestataire. Les projets qui échouent, ce sont ceux où le client passe commande puis disparaît. « Tu ne peux pas aider une entreprise qui ne veut pas y mettre de l'énergie. »
Et si tu débutes ?
Aux juniors qui se demandent ce qu'il leur reste, Tristan donne deux conseils. Montre que tu sais mener un projet de A à Z. Et garde ton esprit critique, parce que si tu penses que l'IA a réponse à tout, tu arrêtes de réfléchir.
Il ajoute un truc qu'on entend rarement. Beaucoup de seniors galèrent avec l'IA. Un junior qui la maîtrise et qui en connaît les limites, ils sont ravis de l'avoir dans l'équipe.
À condition de ne pas s'arrêter à la première réponse. Ce que te dit l'IA, c'est une info, pas une vérité. Tu la testes, tu en parles à ton manager, tu vas demander à deux personnes autour de toi. Et tu continues d'apprendre, tout le temps.
Ceux qui auront passé leurs études à copier-coller des réponses se feront trier. Les autres ont entre les mains une puissance que leurs aînés n'ont jamais eue. Il appelle ça être « un humain augmenté par l'IA ».
Merci à Tristan pour sa franchise. Et si tu te demandes ce qui vaut le coup d'être automatisé chez toi, tu sais maintenant à qui poser la question. Ça se passe sur luphy.io.