Financement & M&A

Cherry Ventures mise sur les Nordiques pour trouver la première licorne européenne à mille milliards

Findfi · 28 septembre 2026 · 6 min de lecture

Le fonds berlinois Cherry Ventures vient d'annoncer l'arrivée de Tatiana Shalalvand comme associée, basée à Stockholm. Un recrutement qui dit tout de la thèse du fonds sur l'Europe tech et sur l'endroit où il pense trouver les prochains géants.

Sommaire

Un recrutement qui n'a rien d'anodin

Cherry Ventures a recruté Tatiana Shalalvand comme associée, basée à Stockholm. Ce n'est pas un mouvement de routine : c'est un signal fort sur l'endroit où le fonds berlinois pense que les prochains grands noms européens de la tech vont émerger.

Avant de rejoindre Cherry, Shalalvand était directrice des investissements chez Kinnevik, où elle pilotait la stratégie early-stage du groupe suédois. Avant cela, elle avait passé quatre ans chez Inventure, un fonds spécialisé dans les tours de pré-amorçage et d'amorçage dans les pays nordiques. Elle y a notamment été l'une des premières investisseuses de Tandem Health, qui a depuis bouclé une levée de série B.

Son profil est atypique pour le capital-risque. Elle a démarré sa carrière en gestion de crise, avant de prendre des postes opérationnels dans des scale-ups tech. Ce type de parcours, mêlant expérience terrain et expertise investisseur, correspond précisément à la culture que Cherry revendique depuis sa création en 2012.

Cherry Ventures : 500 millions de dollars, 172 entreprises, 10 licornes

Cherry Ventures se positionne clairement comme un fonds de premier tour institutionnel pour les fondateurs européens. Le fonds gère aujourd'hui environ un milliard de dollars d'actifs sous gestion, avec des tickets habituels compris entre 2 et 7 millions de dollars par investissement.

Son dernier véhicule, Cherry V, a levé 500 millions de dollars, structurés en deux parties : environ 350 millions pour l'early-stage et un fonds d'opportunité pour renforcer les positions aux stades series B et au-delà. Depuis sa création, Cherry a investi dans 172 entreprises au total, dont 10 ont atteint le statut de licorne. Parmi ses paris historiques, on compte FlixBus, Auto1 Group ou encore Flink.

Ces derniers mois ont été particulièrement denses pour le portefeuille. Quatre entreprises soutenues par Cherry, Dash0, Moss, Proxima Fusion et The Exploration Company, ont franchi le milliard de valorisation, représentant collectivement près d'un milliard de dollars levés. Un rythme qui renforce la crédibilité du positionnement seed-to-growth du fonds, et qui justifie l'existence d'un fonds d'opportunité dédié aux renforts sur les meilleurs dossiers.

La thèse nordique : pas un pari rhétorique

Cherry Ventures opère depuis Berlin, avec des bureaux à Londres et Stockholm. Avec l'arrivée de Shalalvand, le fonds dispose désormais de deux associés sur place en Suède, contre un seul auparavant. C'est une décision de couverture terrain, pas un simple signal de communication.

La thèse sous-jacente est articulée clairement par le fonds et par sa nouvelle recrue : les pays nordiques seraient l'endroit le plus probable pour voir émerger la première entreprise tech européenne valorisée à mille milliards de dollars. Des succès récents comme Lovable ou Legora, deux sociétés IA nées dans l'écosystème nordique, alimentent cette conviction.

L'Europe dispose aujourd'hui de plus de 35 000 startups en phase d'amorçage, soit plus que toute autre région au monde. La main-d'œuvre tech du continent a été multipliée par sept depuis 2015. Ces chiffres posent un contexte favorable, mais la compétition pour identifier les meilleurs fondateurs très tôt reste intense : Cherry se bat contre Accel, Index Ventures, Balderton Capital et d'autres fonds paneuropéens sur les mêmes deals.

L'assurance des agents IA, une niche qui attire le capital

Parallèlement au mouvement de Cherry, un autre signal mérite l'attention : une startup basée à Lisbonne travaille sur l'assurance dédiée aux agents IA, un créneau quasi inexistant il y a dix-huit mois. Le secteur de l'assurance se réveille face à la prolifération des agents autonomes dans les entreprises.

Les chiffres donnent le vertige. Le marché mondial des agents IA pesait environ 8,5 milliards de dollars en 2025 et pourrait atteindre 52,6 milliards d'ici 2030. Dans l'assurance plus spécifiquement, les financements insurtech ont dépassé le milliard de dollars sur le seul mois de février 2026, avec une part croissante dédiée aux projets centrés sur l'IA. McKinsey estime que l'IA générative pourrait débloquer entre 50 et 70 milliards de dollars de nouveaux revenus pour le secteur de l'assurance.

La question de la responsabilité des agents est désormais au cœur du sujet. Un agent qui commet une erreur dans un processus de souscription, de règlement de sinistre ou de conformité crée une exposition réglementaire réelle pour l'entreprise qui le déploie. D'où l'émergence d'acteurs cherchant à couvrir spécifiquement ces risques opérationnels, un segment que les assureurs traditionnels n'ont pas encore correctement adressé. Pour aller plus loin sur ce sujet, notre article sur le passeport numérique des agents IA dans la banque détaille comment l'identité et la gouvernance de ces agents deviennent un enjeu de première importance.

L'analyse Findfi

Un calcul simple à partir des données publiques de Cherry permet d'estimer l'intensité de déploiement du fonds. Sur 172 entreprises en portefeuille depuis 2012, soit environ 14 ans d'activité, Cherry a investi en moyenne sur 12 nouvelles lignes par an. Avec des tickets oscillant entre 2 et 7 millions de dollars, et en retenant un ticket médian de 4,5 millions, cela représente environ 55 millions de dollars déployés chaque année en nouveaux investissements, hors fonds d'opportunité.

Cherry V, avec ses 350 millions dédiés à l'early-stage, couvre théoriquement environ six ans de déploiement au rythme historique. C'est cohérent avec un cycle de fonds standard. Mais l'ajout d'un fonds d'opportunité de 150 millions (soit 30% du total) pour renforcer les meilleurs dossiers au-delà de la série B est le vrai changement de modèle : Cherry ne cherche plus seulement à entrer tôt, il cherche aussi à maintenir sa participation sur les dossiers qui cassent la courbe. C'est le signe d'une maturité de portefeuille et d'une volonté de capter davantage de la valeur créée en aval.

Pour les fonds français comparables, c'est une trajectoire à observer. Des acteurs comme Kima ou Partech opèrent sur des logiques proches, mais peu ont encore structuré un véhicule d'opportunité aussi formalisé aux côtés d'un flagship seed.

Ce que ça change concrètement pour une direction financière

Pour un directeur financier ou un responsable des investissements qui suit l'écosystème tech européen, l'arrivée de Shalalvand chez Cherry envoie deux messages pratiques.

D'abord, les Nordiques sont devenus un terrain de chasse prioritaire pour le capital institutionnel en Europe. Si votre entreprise cherche à identifier des partenariats technologiques ou des cibles d'acquisition dans l'IA ou la fintech, les écosystèmes suédois, finlandais et danois méritent une attention accrue. Les dossiers y sortent vite et les tours se ferment rapidement, souvent avant d'être visibles sur les radars français.

Ensuite, la montée en puissance des agents IA dans les processus financiers pose une question de responsabilité que peu de directions financières ont encore formalisée. Qui porte la responsabilité si un agent commet une erreur de calcul dans un processus de clôture ou de validation d'une facture fournisseur ? La niche de l'assurance dédiée aux agents n'est pas anecdotique : elle répond à un vide juridique et opérationnel réel. Les premières entreprises à cartographier leurs expositions sur ce point seront mieux positionnées quand les régulateurs commenceront à exiger des garanties formelles. Sur ce sujet, notre analyse des agents IA et de ce qu'ils changent vraiment pour une entreprise reste un point d'entrée utile.

Ce qu'il faut retenir

Cherry Ventures recrute Tatiana Shalalvand, ancienne directrice des investissements chez Kinnevik, comme associée basée à Stockholm. Le fonds dispose désormais de deux partenaires sur place dans les Nordiques.

Avec 500 millions de dollars levés pour Cherry V, dont environ 350 millions dédiés à l'amorçage et 150 millions pour des renforts ultérieurs, Cherry structure son accès à la valeur sur toute la durée de vie d'un dossier, pas seulement à l'entrée.

Le marché de l'assurance des agents IA émerge comme un nouveau créneau d'investissement, porté par la prolifération des agents autonomes dans les entreprises et l'absence de couverture adaptée chez les assureurs traditionnels. Un marché agents IA estimé à 52,6 milliards de dollars d'ici 2030 crée mécaniquement une demande de couverture des risques opérationnels associés.

Pour les professionnels de la finance en France, les deux signaux combinés, montée des Nordiques et émergence du risque agents IA, indiquent que l'agenda de veille sur la tech européenne mérite d'être mis à jour.

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